Mot.PasSant

" Parlez d'amour, car tout le reste est crime " Louis Aragon

Lundi 10 mai 2010 à 20:27


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"Ce que nous pressentons, il ne faut pas le dire
Gardons-nous de mêler à leur danse, à leur rire
L'écho surnaturel des accents de Là-Bas...
Ce que nous pressentons, il ne faut pas le dire"

 Oscar Venceslas de Lubicz Milosz, le Consolateur




Porte-toi bien


Portez-vous bien, étranger sans chaleur
Dans la gare aux adieux, où les ombres pleurent
Le lilas mort d'amour, desséché par le sort
Portez-vous bien, étranger sans chaleur!

Des araignées blanches tendues
Sur la lyre bleue, ou rouge, je ne sais plus
Volent sur l'arc et vibrent pour la Muse
Comme de belles araignées blanches tendues.

J'ai froid d'aller contre mon sang.
Toi étranger à la vie, au temps, à côté
De l'espace éventré, à travers je m'emporte
Car j'ai froid d'aller contre mon sang!

La Muse Camarade au grand sourire
Elle est beauté souriante, vampire
Plus de transe, belle figée ?
La Muse Camarade veut dormir.

Fêtons les Anges, l'amour et tout ça;
Tu vas partir, je le sais, pour tes idéaux las
J'aurais combattu les sphinx, le feu, ton front bas!
Fêtons les Anges, l'amour et tout ça!

 Quand tu m'auras laissée dans la caverne bleue
- Ecoute! Ecoute la bruyère aux sanglots! -
Je vais m'évanouir en averses sanglantes
Quand tu m'auras laissée dans la caverne bleue...


Elsa




 

Samedi 8 mai 2010 à 15:06

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"– Il ne fallait peut-être pas se désespérer, pensa-t-il.

En effet, elle regarda tout autour d’elle, lentement, comme quelqu’un qui se réveille d’un songe ; puis, d’une voix distincte, elle demanda son miroir, et elle resta penchée dessus quelque temps, jusqu’au moment où de grosses larmes lui découlèrent des yeux. Alors elle se renversa la tête en poussant un soupir et retomba sur l’oreiller.

Sa poitrine aussitôt se mit à haleter rapidement. La langue tout entière lui sortit hors de la bouche ; ses yeux, en roulant, pâlissaient comme deux globes de lampe qui s’éteignent, à la croire déjà morte, sans l’effrayante accélération de ses côtes, secouées par un souffle furieux, comme si l’âme eût fait des bonds pour se détacher. Félicité s’agenouilla devant le crucifix, et le pharmacien lui-même fléchit un peu les jarrets, tandis que M. Canivet regardait vaguement sur la place. Bournisien s’était remis en prière, la figure inclinée contre le bord de la couche, avec sa longue soutane noire qui traînait derrière lui dans l’appartement. Charles était de l’autre côté, à genoux, les bras étendus vers Emma. Il avait pris ses mains et il les serrait, tressaillant à chaque battement de son cœur, comme au contrecoup d’une ruine qui tombe. À mesure que le râle devenait plus fort, l’ecclésiastique précipitait ses oraisons ; elles se mêlaient aux sanglots étouffés de Bovary, et quelquefois tout semblait disparaître dans le sourd murmure des syllabes latines, qui tintaient comme un glas de cloche.

Tout à coup, on entendit sur le trottoir un bruit de gros sa-bots, avec le frôlement d’un bâton ; et une voix s’éleva, une voix rauque, qui chantait :

Souvent la chaleur d’un beau jour
Fait rêver fillette à l’amour.



Emma se releva comme un cadavre que l’on galvanise, les cheveux dénoués, la prunelle fixe, béante.

Pour amasser diligemment
Les épis que la faux moissonne,
Ma Nanette va s’inclinant
Vers le sillon qui nous les donne.


– L’Aveugle s’écria-t-elle.

Et Emma se mit à rire, d’un rire atroce, frénétique, désespéré, croyant voir la face hideuse du misérable, qui se dressait dans les ténèbres éternelles comme un épouvantement.

Il souffla bien fort ce jour-là,
Et le jupon court s’envola !



Une convulsion la rabattit sur le matelas. Tous s’approchèrent. Elle n’existait plus."

Gustave Flaubert


  La main sur ses plaies d'où coule un sang d'encre*!
Le mensonge, comme un fleuve de lait, traverse les coeurs inanimés, et fait illusion d'âme
- dont il possède la fragilité, la consistance nerveuse, et la tragique inconstance!-



Avez-vous aussi un roman qui suit
Le cours et le creux de votre vie
Comme un fleuve d'ombres?



"Au chant des violons, aux flammes des bougies,
Espères-tu chasser ton cauchemar moqueur,
Et viens-tu demander au torrent des orgies
De rafraîchir l'enfer allumé dans ton coeur ?"

Vendredi 7 mai 2010 à 21:15

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Pour celles qui cherchent des mots d'amour
à murmurer au coeur d'un sourd...


A ma femme endormie

Tu dors en croyant que mes vers
Vont encombrer tout l'univers
De désastres et d'incendies ;
Elles sont si rares pourtant
Mes chansons au soleil couchant
Et mes lointaines mélodies.

Mais si je dérange parfois
La sérénité des cieux froids,
Si des sons d'acier ou de cuivre
Ou d'or, vibrent dans mes chansons,
Pardonne ces hautes façons,
C'est que je me hâte de vivre.

Et puis tu m'aimeras toujours.
Éternelles sont les amours
Dont ma mémoire est le repaire ;
Nos enfants seront de fiers gas
Qui répareront les dégâts,
Oue dans ta vie a faits leur père.

Ils dorment sans rêver à rien,
Dans le nuage aérien
Des cheveux sur leurs fines têtes ;
Et toi, près d'eux, tu dors aussi,
Ayant oublié, le souci
De tout travail, de toutes dettes.

Moi je veille et je fais ces vers
Qui laisseront tout l'univers
Sans désastre et sans incendie ;
Et demain, au soleil montant
Tu souriras en écoutant
Cette tranquille mélodie.

Charles Cros


Samedi 17 avril 2010 à 13:38


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"Je vous souhaite d'être follement aimée"

- André Breton

Jeudi 15 avril 2010 à 23:21

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A l’éternel monsieur


 

"Pourtant je sens en moi se fermer des paupières"

Henri Bataille, La Chambre blanche

 

Cendres de satin

Roulent en feu

Sur les seins bleus

Et radieux, des yeux pleins

Coulent par deux

Entre tes reins.

 

 Tes beaux cheveux

En courts flots bruns

Soulèvent, cris d’or, l’azur

Et tombent,… gerbes d’airain !

 

 Nos caresses rouges, impures

 Ton flanc en pleurs

Saigne encore des lances et des fleurs

 Fleuves de négligence, mon cœur.

 

Mercredi 14 avril 2010 à 21:00


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Petit mort pour rire


Va vite, léger peigneur de comètes !
Les herbes au vent seront tes cheveux ;
De ton oeil béant jailliront les feux
Follets, prisonniers dans les pauvres têtes...

Les fleurs de tombeau qu'on nomme Amourettes
Foisonneront plein ton rire terreux...
Et les myosotis, ces fleurs d'oubliettes...

Ne fais pas le lourd : cercueils de poètes
Pour les croque-morts sont de simples jeux,
Boîtes à violon qui sonnent le creux...
Ils te croiront mort - Les bourgeois sont bêtes -
Va vite, léger peigneur de comètes !

Tristan Corbière

Mardi 13 avril 2010 à 22:17


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  Et tu ne veux pas voir
L'Esprit que l'âme du vin fait vibrer le soir,
Ce cancer lyrique vivant en moi
Qui, devant ta froideur et tes baisers, se débat!

Mardi 23 février 2010 à 20:13

 
 
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Le jet d'eau

Tes beaux yeux sont las, pauvre amante !
Reste longtemps, sans les rouvrir,
Dans cette pose nonchalante
Où t'a surprise le plaisir.
Dans la cour le jet d'eau qui jase
Et ne se tait ni nuit ni jour,
Entretient doucement l'extase
Où ce soir m'a plongé l'amour.

La gerbe épanouie
En mille fleurs,
Où Phoebé réjouie
Met ses couleurs,
Tombe comme une pluie
De larges pleurs.


Ainsi ton âme qu'incendie
L'éclair brûlant des voluptés
S'élance, rapide et hardie,
Vers les vastes cieux enchantés.
Puis, elle s'épanche, mourante,
En un flot de triste langueur,
Qui par une invisible pente
Descend jusqu'au fond de mon coeur.

La gerbe épanouie
En mille fleurs,
Où Phoebé réjouie
Met ses couleurs,
Tombe comme une pluie
De larges pleurs.


Ô toi, que la nuit rend si belle,
Qu'il m'est doux, penché vers tes seins,
D'écouter la plainte éternelle
Qui sanglote dans les bassins !
Lune, eau sonore, nuit bénie,
Arbres qui frissonnez autour,
Votre pure mélancolie
Est le miroir de mon amour.

La gerbe épanouie
En mille fleurs,
Où Phoebé réjouie
Met ses couleurs,
Tombe comme une pluie
De larges pleurs.

Charles Baudelaire
 
 


Samedi 6 février 2010 à 20:19

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" Moriemur inultae; sed moriamur. Sic, sic iuuate ire umbras..."
- Virgile,
Enéide (chant IV)





Mort de Didon


"Lis mon âme, beau guerrier:
Tu es parti loin. J'ai vu les vagues...
Avaler tes vaisseaux,
Et rouler mon coeur au fond des eaux.
Je voudrais t'envoyer un baiser
Déchirant comme un coup de dague."


 












Samedi 30 janvier 2010 à 17:33

 
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(Une lettre de femme trompée)


« Le sang, le sperme, les larmes : ces humeurs bouleversantes ».

-Jean Genet

 

Je me jette. Ce sera peut-être la dernière fois…  Les visions me percent et me font hurler. J’ai tout imaginé. Et j’ai rompu le fil d’or. ELLE ET TOI. J’ai vu ses yeux gros de désir et ses mains offertes, superbe putain. Elle rêvait de toi elle aussi, elle a rêvé le rêve en priant les bras de la nuit de lui arracher des entrailles un aveu, le bel aveu. Ainsi, c’est elle, c’est elle qui a brisé mon corps; c'est elle qui danse à présent sur mon Amour saccagé ! Tu as cru qu’elle aimerait toujours tes paroles gauches, ton regard obscur et tes humeurs ombrageuses… ? Qu’elle adorerait tes sourires trop rares, tes beaux cheveux noirs, ton désespoir ? Cette fille creuse et molle ? Ah, mon amour! C’est un vampire, tu sais ; elle te sucera la lumière à la gorge, le siège de ta force. Elle t’épuise...  J’entends sa voix qui laisse traîner au bord d’un lit dévasté de pauvres mots d’amour éraillés ; lascive et souillée… Le chant vulgaire de la maîtresse satisfaite. Tu la regarderas partir en trottant, affamé encore de ses lèvres amères… La putain aux yeux ensanglantés! Quand le charme va tomber aux pieds ton quotidien morne, que diras-tu ? Repu d'elle tu iras à une autre…. Tu la laisseras dévastée, fracassée au bord d’un trottoir désert, éventrée sous ses propres débris, trainant son pas pour compléter ton cortège d’Assassinées… Elle sera vraiment amoureuse, alors : Elle voudra ton sang ! Elle tuera les enfants que vous n’aurez jamais eu ! Ariane de pacotille. La pute délaissée… Comme je l’ai été. C’est l’amour. Et je rirais fort, la voyant s’épuiser, te maudire et t’aimer… à en éclater le ciel noir ! Elle n’a pas ma haine. Je te poursuis, blanche et mutilée,- sauvage et pure !- dans vos instants d’éternité ; drapée du SILENCE qui m’a fait crever. Je mettrai ma main muette sur ma plaie mal fermée… Tu pleureras et je danserai ; fuyant avec le rire enragé des âmes obscures. Ah ! Je vais trop vite, pourtant : tu l’aimes encore.

Soyez heureux, entre les ombres bleues.

 

Dimanche 25 octobre 2009 à 9:55

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Les heures heureuses
 

 

« L'amour constant ressemble à la fleur du soleil,
Qui rend à son déclin, le soir, le même hommage
Dont elle a, le matin, salué son réveil ! »

Nerval, « Mélodie »



J’ai vu s’écrouler tous mes châteaux d’Espagne

Et je regarde les tours en flambeaux.

Il a fuit mon crèveur de nuit

 Dans le bel incendie

En lambeaux.


Samedi 10 octobre 2009 à 10:46

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Rêve nu
 
«Je rentre dedans comme un souffle ! Je me pétrifie d’amour!...
Je ne fais plus qu’un dans sa beauté!... »
Céline, Mort à crédit
 
Il est revenu le rêve nu il danse
Le songe s’élance
Dans un sanglot le tendre aveu  
Un peu de nuit sous les yeux
Furieux il écrase son cœur amoureux
Entre ses bras qu’elle se taise enfin adieu
Vibrante adolescente perfection
Déjà vaincue elle aussi aurait voulu
 
Mordre en riant son épaule nue

Samedi 10 octobre 2009 à 10:39

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« Mon verre s’est brisé comme un éclat de rire »
-Apollinaire, « Nuit rhénane »

« J’avais du lilas dans les cheveux… Il n’aimait pas les fleurs bleues. Il veut le soleil au cou tranché… Il est amoureux…Qu’il crève, le lilas bleu. C’est toi mon amant, c’est toi le printemps...»
 
« Fallait voir son amour aussi ! Il faisait noir de partout… Des éclats de rire… Deux âmes qui hurlent… Elle avait peur du froid… Debout contre moi… Elle mendiait une étreinte… Juste pour plus tard… Rien qu’un souvenir… Dans le noir elle a sourit… je voulais toucher son ventre blême,  la nuit… Elle rigolait plus, c’était sa panique… je le touche, je dis que je l’aime aussi… Elle me mord ! Elle me saccade ! Elle résiste ! Elle rit… j’implore… Elle avait peur que je vois son vide dans le bide… Pas de baiser encore… On cherche nos corps avec des mains aveugles… Deux gamins affamés… Elle gémit… Fallait partir avant le néant… je lâche au hasard des murmures…Des longs soupirs… Elle remplit le vide ouvert, le ventre de l’univers… avec des mots perdus. Fallait mourir en elle… aimer encore. Elle gueule la folle véhémence de sa jeunesse, cet entêtement pubescent… qui amollit avec le temps…qui déchaine les regrets… Enfant ! Enfant …Un peu sauvage aussi… Même quand elle m’aime on dirait qu’elle danse… je l’écroule des baisers fous… elle proteste encore… Elle m’appelle… je me perds dans les caresses… La chair qui se cabre… Des mains radieuses comme des yeux !... Elle cède parce qu’y a plus de jour… L’amour !  « Ferdinand ! Ferdinand ! » Qu’elle supplie… J’ai des sentiments hagards, les yeux d’amoureux… Elle a des regards !... ça brille du feu du ciel… Comme pour moi aussi !  « Pourquoi… ? »… qu’elle commence dans le délire… « J’ veux t’aimer… Entrer dans ta transe, j’veux sentir comme tu danses… » …Il faisait noir encore, On s’en fichait pas mal… On avait le soleil, celui qui brûle la nuit… Et qui fout tout par terre… Sa bouche dangereuse… C’était pas si mal… Baisers de voyous… Elle est raide comme moi… Vertige ! Vertige !… Dans sa main y’ a du désir… Du bonheur qui chatouille… On fulgure sur le toit du monde… Les yeux que pour nous-mêmes… Je viens en elle… Elle resplendit bien fort… On se mélange… On flamboie d’être… 
On s’abolit. »



 

 

Vendredi 18 septembre 2009 à 20:56

 

 

[ And somewhere at the bottom he fell into darkness.
That much he knew. He had fallen into darkness.
And at
the instant he knew,
he ceased to know.]


 [ Il sombra dans la nuit.
Ca il le sut encore, il avait sombré dans la nuit.
Et au moment où il le sut, il cessa de savoir.]

Jack London,
Martin Eden


Vendredi 28 août 2009 à 15:15

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A voix lasse

 Un soir d’été, sous la vigne menue
Je veillais de loin, comme si de rien
N’était. Le jour s’éteint
Dans nos étreintes nues.
Le sommeil  tue jusqu’à l’aurore.
J’ai beau t’aimer, tu dors.
Un instant, beau guerrier, j’ai vu un air amer
Passer sur ton front pâli,
Tu affrontais des rêves pleins de chimères
Et de monstres assoupis.
Je te regarde dormir, il est tard encor
Tu n’es pas si fort quand tu dors.
L’aube est loin, mon amour ! La chaleur du jour
Viendra. Mais la nuit blême se fait sauvage,
Tu luttes avec rage.
Le noir laisse tomber son bras lourd :
L’on te déchire, l’on te tue,
Tu luttes, tu luttes, tu luttes toujours !
Et puis la nuit s’allonge ; à quoi rêves-tu ?
A la vie idéale qui couronne ta tête
De baisers, de roses, de vierges en fête ?
Puis, le réconfort des heures glacées :
L’aube est là. Les bras attendris du matin
T’entourent comme les miens.
Toi ? Tu te réveilles comme si de rien
N’était. Tu demeures le plus aimé.
Je pleure à voix basse, je t’aime à voix lasse.

Lundi 24 août 2009 à 18:17

J’ai demandé au monde de s’arrêter
J’ai cassé la marche de l’univers
Entier. Je veux t’aimer en vers:
Nous irons voir, comme des amants perdus
Ces fantômes de Paros qui t’avaient tant plu,
Cette curieuse jetée aux pierres nues
Où les grands lauriers roses ne fleurissent plus.
Viens. Nous rallumerons au ciel brûlé
Les yeux clos et les sourires amoureux ;
Nous rallumerons le monde en creux.
De tes mains mal fermées couleront
De lourdes grappes de raisin blond
-Et toi ?-, tu riras, comme toujours,
De la violence de mon amour,
Et de la jeunesse des saisons !
Mais, tu le sais :
C’est ton visage éclairé- juste un peu !-
Par les étoiles brunes et bleues
Et tes yeux dans ma nuque comme un souffle chaud
Qui rendent tout plus beau.
Viens. Le monde tourne et tourne encore !
L’univers, à l’envers, marche à la mort ;
Je n’ai rien pu changer, je n’ai rien arrêté,
Pas même le temps, le temps d’aimer.



Ce poème est pour celui que j'aime. Nous dirons, puisqu'on est entre nous =),
que la pseudo-métrique pour le moins "libre" que j'adopte ici mime les mouvements désordonnés du coeur...
Non, en fait c'est le bazar, mais j'aime bien tout de même.
Et puis surtout, je l'aime!

Lundi 24 août 2009 à 18:05

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Reste. N'allume pas la lampe...

Reste. N'allume pas la lampe. Que nos yeux
S'emplissent pour longtemps de ténèbres, et laisse
Tes bruns cheveux verser la pesante mollesse
De leurs ondes sur nos baisers silencieux.

Nous sommes las autant l'un que l'autre. Les cieux
Pleins de soleil nous ont trompés. Le jour nous blesse.
Voluptueusement berçons notre faiblesse
Dans l'océan du soir morne et délicieux.

Lente extase, houleux sommeil exempt de songe,
Le flux funèbre roule et déroule et prolonge
Tes cheveux où mon front se pâme enseveli...

Ô calme soir, qui hais la vie et lui résistes,
Quel long fleuve de paix léthargique et d'oubli
Coule dans les cheveux profonds des brunes tristes.

Catulle Mendès

Lundi 17 août 2009 à 12:49


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A l'éternel madame

Mannequin idéal, tête-de-turc du leurre,
Eternel Féminin ! ... repasse tes fichus ;
Et viens sur mes genoux, quand je marquerai l'heure,
Me montrer comme on fait chez vous, anges déchus.

Sois pire, et fais pour nous la joie à la malheure,
Piaffe d'un pied léger dans les sentiers ardus.
Damne-toi, pure idole ! et ris ! et chante ! et pleure,
Amante ! Et meurs d'amour !... à nos moments perdus.

Fille de marbre ! en rut ! sois folâtre !... et pensive.
Maîtresse, chair de moi ! fais-toi vierge et lascive...
Féroce, sainte, et bête, en me cherchant un coeur...

Sois femelle de l'homme, et sers de Muse, ô femme,
Quand le poète brame en Ame, en Lame, en Flamme !
Puis - quand il ronflera - viens baiser ton vainqueur !

Tristan Corbière

Lundi 17 août 2009 à 12:47

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La fidèle

Si j'étais la plus belle
Comme la plus fidèle,
Je le serais pour toi !
Si j'étais souveraine,
Le roi de cette reine,
Tu le serais par moi !

S'il te prenait l'envie
De demander ma vie
Pour te faire un beau jour,
Cette vie ignorée,
À l'amour consacrée,
Tu l'aurais, mon amour !

Et si tu disais : " Donne
Beauté, vie et couronne,
Pour orner celle-là,
Cette seule que j'aime... "
À cet autre toi-même,
Je dirais : " Les voilà. "

Car s'il est doux de vivre
Pour s'attendre ou se suivre
Dans le même désir,
Pour une âme enflammée,
Vainement consumée,
Il est mieux de mourir.

Marceline Desbordes-Valmore

Lundi 17 août 2009 à 12:43

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Le cadeau de tous les dieux,
Splendide calamité;
Qui vide avec ses yeux,
Sa bouche radieuse,
La boîte des coeurs pillés.

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